De la réminiscence amoureuse

Published on November 2 2015

Nos expériences passées exercent secrètement leur influence dans bien de nos dispositions amoureuses. Certains souvenirs cachés gouvernent parfois à notre insu nos affinités électives.

Une morphologie, un type de visage ou une manière de se tenir ayant été associés à une expérience traumatisante vécue durant l’enfance sont susceptibles provoquer un rejet spontané, indépendamment des indicateurs classiques de l’attractivité esthétique. Alors que le traumatisme ne fait plus l’objet d’un souvenir conscient, les particularités physiques ou les effluves caractéristiques de la personne qui en fut la cause continuent à inspirer une franche antipathie que le récepteur ne s'explique pas mais qu’il ressent néanmoins très fortement.

L’inverse est aussi vrai : un détail physique, un grain de voix, une fragrance, une intonation, une manière de sourire ou de se tenir peuvent réactiver des circuits structurés lors d’une ancienne expérience érotique, émotionnelle ou sentimentale. Certaines inclinations ont leur germe dans des souvenirs perdus. Il arrive qu’à travers le visage que nous croyons aimer, nous en recherchions en réalité un autre. Un amour d’enfance oublié, un parent ou un proche tendrement aimé laissent dans les limbes de la mémoire des traces indélébiles qui pourront influencer nos émois futurs. Au fil de l'histoire personnelle, le cerveau encode des souvenirs et intègre dans ses circuits certaines associations que divers indices particuliers seront plus tard susceptibles de réactiver. Sans que nous en ayons une conscience claire, la rencontre d’un être nouveau ranime parfois les fantômes de notre passé.

"Lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi l’impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui se faisait aussi pour émouvoir en moi la passion de l’amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu’à en aimer d’autres, pour cela seul qu’elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela."

Descartes, Lettre à Chanut du 6 juin 1647.

Written by Jean-Marie Le Quintrec

Published on #L'amour

Repost 0
To be informed of the latest articles, subscribe: