De la sidération amoureuse

Published on February 26 2017

Subitement touché par la grâce amoureuse, sentant son soi se perdre dans celui de l’autre, l'amant ébahi est parfois gagné par un sentiment océanique, accompagné de sensations de plénitude complète ou d’étranges bouffées mystiques.

 

Emporté malgré lui par le tourbillon d’un cyclone érotique, il arrive que le sujet amoureux soit en proie à cet état de sidération qui frappent ceux qui atteignent les cîmes du désir : « dans le grain de sa voix, chante l’éternité », « au fond de ses yeux, mon cœur a trouvé les cieux », « en son âme sublime, je me plonge et m’abîme » expriment poétiquement ceux qui ont connu de tels épisodes amoureux. Tous décrivent une expérience altérant profondément leur perception de l’espace et du temps, un sentiment d’anéantissement de soi, d’absorption dans quelque chose de plus grand, de rencontre fusionnelle avec le monde. Annihilant toute impression de séparation et de différence, l’amour se ressent comme ce que d’aucuns appelleraient une présence divine.

Le vocabulaire religieux n’est pas convoqué exagérément, l’amoureux transi se sent comme initié aux mystères de la création. Quelque chose vient miraculeusement s’ajuster à son plus profond désir, à une attente obscure dont il n’avait qu’une vague intuition mais qui était depuis toujours en lui. Fasciné par une manifestation supérieure de la beauté, en laquelle il entrevoit l'incarnation du divin, il est plongé dans une extase érotique qui neutralise tout mouvement d’appropriation et le laisse en l’état d’un ver de terre amoureux d’une étoile. Sans le savoir, il a trempé l'orteil à la source secrète de l’amour : la nostalgie de l’unité perdue.

Les transes mystiques et les extases amoureuses révèlent le désir enfoui dans le cœur de tout amant : jouir à l'infini d'une contemplation merveilleuse, d'une présence absolue, intime et extime.

"Mon âme qu’aucune passion n’avait encore usée, cherchait un objet qui pût l’attacher ; hélas ! je cherche seulement un bien inconnu, dont l’instinct me poursuit. Est‑ce ma faute si je trouve partout des bornes, si ce qui est fini n’a pour moi aucune valeur ?"

Chateaubriand, « René »

Written by Jean-Marie Le Quintrec

Published on #L'amour, #Le désir

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